L’expérience des médecins autistes : une étude transversale

Voilà une étude très intéressante, originale et rassurante (paradoxalement): sur les médecins qui sont eux-mêmes autistes.

C’est le Graal, finalement, pour une personne qui souhaite se faire évaluer: le faire faire par un.e professionnel.le autiste. Parce qu’on se comprend mieux. Parce qu’un médecin autiste ne va pas te balancer des clichés dans la tronche (exemple réel: « Vous me regardez dans les yeux, vous ne pouvez donc pas être autiste »), te mé-diagnostiquer (genre bipolaire, schizophrène ou borderline, comme c’est si souvent le cas…), voire, comme cela m’est arrivé, te faire carrément jeter au bout de quelques séances post-diagnostic parce que « Madame, vous ne faites aucun effort pour vous transformer, je perds mon temps. J’ai donné votre créneau à quelqu’un d’autre, ne revenez pas ». Ben non, connasse, je ne serai jamais neurotypique, ni toi autiste, me transformer n’est pas ce que te demande. Bref.

Ci-dessous je t’ai traduit l’étude.
On y parle de pensées suicidaires, ça pourrait paraître triste, mais moi je trouve que c’est au contraire rassurant: toi et moi ne sommes pas seuls à les avoir. Si tu es autiste / pense l’être et que ça t’amène des idées noires, saches que tu n’es pas le/la seul.e, ça fait partie de l’expérience dans une société non-inclusive. Tu n’es PAS le problème. Et tu PEUX bien vivre parmi les NT. Laisse passer tes pensées, lis cette étude, et va lire les portraits d’autistes dans ce blog.

Et surtout: dans la conclusion un élément primordial qui confirme l’importance du paradigme de la neurodiversité et plutôt que du handicap.


Article d’ORIGINE de la RECHERCHE

Front. Psychiatry, 18 juillet 2023
Sec. Autisme
Volume 14 – 2023 | https://doi.org/10.3389/fpsyt.2023.1160994

Introduction :
La médecine peut sélectionner les caractéristiques autistiques. La prise de conscience et le diagnostic de l’autisme augmentant, de plus en plus d’étudiants en médecine et de médecins découvrent qu’ils sont autistes. Aucune étude n’a exploré les expériences des médecins autistes. Cette étude vise à combler cette lacune.

Méthodes :
Il s’agit d’une étude transversale. Une approche participative a été utilisée pour identifier les besoins du projet et pour modifier une enquête préexistante afin d’explorer les expériences des médecins autistes.

Résultats :
Nous avons reçu 225 réponses. 64 % d’entre eux avaient reçu un diagnostic officiel d’autisme. L’âge moyen auquel le diagnostic a été posé était de 36 ans (de 3 à 61 ans). La plupart d’entre eux travaillaient actuellement comme médecins (82 %). Les spécialités les plus courantes étaient la médecine générale ou familiale (31 %), la psychiatrie (18 %) et l’anesthésie (11 %). Près de la moitié des personnes travaillant avaient terminé une formation spécialisée (46%) et 40% étaient des stagiaires en cours de formation. 29 % n’avaient révélé leur autisme à personne au travail. 46% avaient demandé des ajustements sur le lieu de travail, mais seulement la moitié d’entre eux les avaient mis en œuvre.

Les trois quarts ont pensé au suicide (77%), un quart a tenté de se suicider (24%) et la moitié s’est automutilée (49%). 80 % ont déclaré avoir travaillé avec un autre médecin qu’ils soupçonnaient d’être autiste, mais seulement 22 % ont déclaré avoir travaillé avec un autre médecin qu’ils savaient être autiste. Le fait de n’avoir jamais travaillé avec un collègue potentiellement autiste est associé au fait d’avoir envisagé le suicide.
La plupart préfèrent être appelés « médecins autistes » (64 %). La plupart considèrent l’autisme comme une différence (83%). Le fait de considérer l’autisme comme un trouble est associé à la préférence pour le terme « médecins autistes » et au fait d’avoir tenté de se suicider.

Conclusions :
Les médecins autistes ont fait état de nombreuses difficultés sur leur lieu de travail. Cela peut avoir contribué à une culture de non-divulgation. La santé mentale était médiocre, avec des taux élevés d’idées suicidaires, d’automutilation et de tentatives de suicide antérieures. Malgré un environnement inhospitalier, la plupart des personnes persévéraient et travaillaient avec succès. Le fait de considérer l’autisme comme un trouble était associé à des tentatives de suicide antérieures et à une préférence pour un langage centré sur la personne. Une approche de l’autisme fondée sur l’affirmation de la neurodiversité peut conduire à une identité personnelle plus positive et à une amélioration de la santé mentale. En outre, le fait de fournir un soutien adéquat et d’améliorer la sensibilisation des professionnels de la santé autistes peut favoriser l’inclusion dans le corps médical. »

Sebastian C. K. Shaw (1)
Alexander Fossi (2)
Laura A. Carravallah (3)
Kai Rabenstein (4)
Wendy Ross (2)
Mary Doherty (5)

(1) Department of Medical Education, Brighton and Sussex Medical School, Brighton, United Kingdom
(2) Centre for Autism and Neurodiversity, Thomas Jefferson University, Philadelphia, PA, United States
(3) Department of Pediatrics and Human Development and Department of Medicine, Michigan State University, East Lansing, MI, United States
(4) East Sussex Healthcare NHS Trust, St. Leonards, United Kingdom
(5) Department of Neuroscience, Brighton and Sussex Medical School, Brighton, United Kingdom


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