Les réseaux sociaux

Au départ, super idée pour les autistes (d’ailleurs créés par des autistes, exemple Zuckerberg):

1) des interactions sociales sans exposition live, quand on veut, d’où on veut, en différé, possiblité de ne pas avoir à réagir, de prendre le temps avant de répondre/s’exprimer, pas de déplacement dehors, de stress, de bruit, accès à des millions de personnes, faire des rencontres facilement, plus de chances statistiquement qu’IRL de trouver des pairs qui partagent nos passions décalées et/ou obsessionnelles.

2) C’est un vaste terrain d’exploration, de découvertes: des pages pro, des documentaires, des interviews, des tutos, bref, la fête de la connaissance et des infos.

Mais en fait, il s’avère que les réseaux sociaux sont globalement une horreur pour moi.

Tout d’abord, quel intérêt d’échanger sur des conneries mineures sans arrêt ? Pourquoi les gens font-ils ça ? Ah oui, parce que bien que ce système ait été créé par des autistes, il est rempli de… neurotypiques. Donc conversations sur la pluie et le beau temps. Et aucune pudeur. Ça me tue.

reseaux sociaux et autistes

Le pire c’est TikTok. Niveau bêtise et abêtissement, c’est une oeuvre d’art. D’ailleurs les créateurs l’interdisent à leur propre population. Si j’avais des enfants je leur interdirais. Si j’étais Présidente de la République je l’interdirais.

Ensuite, ça me submerge. Ce flot ininterrompu de publications, notifications, c’est angoissant et douloureux. Le pire dans ce domaine est Twitter. Encore, avec Pinterest on a le plaisir des visuels, mais alors Twitter, j’ai essayé 2 ou 3 fois et je tiens 10 minutes à chaque fois. Je me sens comme un lapin dans les phares d’une voiture! J’ouvre mon compte, je déclare mes centres d’intérêt, et là l’angoisse: réception d’infos de comptes qui me sont imposés, et dont je n’ai rien à faire, et le néant total pour trouver ce que je cherche. Comment savoir quels comptes suivre ? Comment les trouver ? Comment trier ? Comment connaître les bons hashtags ? Et pendant ce temps, toujours ces tweets dont je n’ai rien à faire et qui encombrent mon espace mental. Parce que je te rappelle que je suis autiste: je n’ai pas de filtre entre l’extérieur et l’intérieur. Ces tweets c’est comme s’il étaient déversés directement dans mon cerveau. Les mots emplissent mon espace mental, les alertes captent 100% de mon attention. C’est l’overdose. Je n’ai pas de compte Twitter et n’en aurai jamais.

Autre problème avec les réseaux sociaux: je suis incapable de développer et entretenir une communauté, et au niveau professionnel c’est bien handicapant… Le temps et l’énergie qu’il faut !! Ça me bouffe complètement ! Et surtout: je suis en permanence confrontée à un des handicaps frustrants de l’autisme: je ne comprends pas les NT, je ne comprends pas ce qu’ils aiment, n’aiment pas, ce qu’ils attendent. Je ne comprends pas leurs ressorts si émotionnels. Mes posts sont chiants pour des NT, trop factuels, trop sérieux. Bon, sur ma page Facebook Louve Joyeuse je me lâche, c’est l’humour (bien noir) qui prime, mais pour mon activité professionnelle c’est péniblement sérieux. Et d’ailleurs rares sont les commentaires, et inexistants les échanges entre mes followers. Ca m’attriste, mais je ne PEUX pas faire autrement. Toutes les formations du monde n’y changeront rien.

Quant à Instagram, je n’y comprends rien. Au début c’était pour partager du visuel et maintenant apparemment on peut mettre du texte et des hashtags, je ne comprends pas comment ça marche, c’est complètement destructuré. Ma page Instagram est une copié-collé partiel de ma page FB: tous mes memes humoristiques à moi. Au moins on se marre. Mais il n’y a pas foule, je ne sais pas trouver les gens.

Au final, au niveau personnel je ne suis que sur Facebook. J’ai un compte avec mon nom civil, auxquels sont rattachés mes vrais ami.e.s et connaissances dans la vie (impossible pour moi d’échanger avec des inconnus). Je n’y publie presque rien. Et j’ai un compte anonyme avec zéro amis. Comme ça je peux explorer peinarde, sans que mes like, commentaires et inscriptions à des évènements ne soient honteusement partagés par l’algorythme sur les murs d’autrui. C’est à moi de choisir ce que je dis à qui.

Et inutile de préciser que toutes les notifications push sont désactivées, la plupart des autres notifications le sont, et je n’utilise Messenger que sur mon PC.

Ah si, je suis sur Pinterest également, mais j’ai dû arrêter. Ma passion pour les visuels a vite tourné en addiction plusieurs heures par jour, j’ai dû décrocher.

Voilà.

Réseaux sociaux et autistes font-ils bon ménage ? Dans mon cas, les réseaux sociaux sont à la fois un miroir permanent de mes difficultés sociales et une caisse de résonnance de tout ce que je déteste dans le monde: la violence, la bêtise, la mauvaise foi, l’approximation, le superficiel, l’émotionnel au pouvoir.

Pour y trouver ce que je cherche et ce dont j’ai besoin, je dois déployer autant d’efforts, voire plus, que dans la vie physique. Mais le résultat vaut le coup: une orgie d’informations et découvertes, du dCode démultiplié 🙂

meme autiste

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